12 septembre 2011, il est 13 heures. Sous un soleil de plomb, une vingtaine de jeunes se bousculent devant le tableau d’affichage du bureau d’Oxfam IntermÓn. Armand Djomadoum, fatigué par de longue distance, à pied à la recherche d’emploi, ses vêtements mouillés de sueur, se lamente avec un pincement au cœur: « c’est chaque jour que je fais les tours des affichages devant les bureaux des Ong. Je cherche à avoir un petit boulot mais rien. Alors que c’est depuis 2003 que j’ai en poche une maîtrise en Droit public. Dès lors, j’attends toujours avec impatience l’intégration. Jusqu’aujourd’hui, rien ».
« Regarde, tout cela, ce sont mes diplômes. Je traine avec cela depuis 2003. J’ai déposé mes dossiers pour l’intégration en 2004 mais jusqu'à présent aucune issue ». Un autre, désespéré s’écrit « Je ne sais quoi faire »! . Pour lui, il n’y a plus d’espoir. « Etudier des années pour ne rien faire, c’est perdre son temps. Je ne sais pas s’il faut mourir avec des diplômes après les calvaires d’études au Tchad », ajoute-t-il.
« Le gouvernement ne fait rien du tout pour les jeunes diplômés. Alors qu’il y a du travail. C’est toujours des proches des hauts fonctionnaires qui sont privilégiés. Faut-il que les enfants des pauvres ne travaillent pas? », se pose un troisième, avec un air grave. Ce qui affecte plus ces jeunes diplômés sans emploi, c’est le fait que beaucoup de personnes accumulent à elles seules trois à quatre fonctions tandis que certains choment. « Mon voisin, au quartier Moursal, à lui seul, est directeur de Cabinet d’un ministre, enseignant et conseiller dans une société de la place », explique Jean Mountangué.
Le sous-sol tchadien regorge d’importantes ressources minières dont l’exploitation pourra stimuler le développement économique et social mais le constat est qu’au fur et à mesure qu’il y a la création d’emploi, c’est toujours les mêmes têtes qui sont retenues. « On ne naît pas expérimenté. Cette question soulevée par certains fonctionnaires ou décideurs pour écarter les jeunes est sans fondement », explique Alhadji Saleh, en réponse à la préoccupation de son ami.
Pour beaucoup de jeunes tchadiens, le problème d’emploi est lié aussi à la forte croissance de la corruption. « Il faut reconnaître qu’au Tchad, sans verser les pots-de-vin, il n’est pas du tout facile d’être retenu dans une société ou entreprise. Les riches paient des postes pour leurs enfants. Même à la fonction publique, c’est pareil », témoigne un agent du ministère de la Fonction publique qui requiert l’anonymat.
Depuis 1994, des mesures prises dans le cadre du Programme d’ajustement structurel (PAS) ont limité le nombre d’intégrations à la Fonction publique. Ceux-ci laissent des millions de jeunes en chômages. Bien que certains ministères recrutent les diplômés, le problème d’accès reste toujours lié à la corruption.
Pour faire face au problème d’emploi que connaissent les jeunes diplômés sans emploi, des associations pour la promotion de l’emploi ont été créé par ceux-ci. Il y a entre autre, l’Association des diplômés sans emploi, l’Association pour la promotion de l’emploi aux diplômés tchadiens (APEDT), etc. l’APEDT, après sa création dans les années 1990, travaille d’arrache pied en faveur des diplômés sans emploi. Pour le président de l’APEDT, Alndoh Békoutou, l’objectif de l’association est de regrouper les diplômés sans emploi pour mieux cerner le problème afin de lutter efficacement contre le chômage. « Nous avons, dans nos réunions, nos colloques et séminaires, plaidé en faveur des Tchadiens diplômés sans emploi. Nous avons suggéré au gouvernement de solutions adéquates, mais depuis lors, elles sont restées dans les tiroirs. Mais nous n’allons pas cesser de les interpeller car notre cause doit être entendue », explique-t-il.
Comme beaucoup d’autres diplômés sans emploi qui se cherchent, l’association mène des activités traditionnelles telles que, le gardiennage des engins à deux roues, la fabrique de glace, la fabrique du pain, etc. pour se maintenir et d’aider les quelques 300 membres. « 70% de recettes mensuelles de gardiennage faites par chaque membre lui revient de droit comme rémunération. Et les 30%, c’est pour le fonctionnement de l’association», renseigne Alndoh Békoutou.
Jean Nguénabaye, quadragénaire, est maîtrisard en Lettres modernes et membre de l’APEDT témoigne: « je suis depuis deux ans dans l’association. En tant que père de famille, je me cherche dans le gardiennage des motos. C’est ce qui me permet de m’occuper de ma famille ». Pour lui, avoir plus de quarante ans et être dans l’attente d’intégration n’est pas chose facile. « Imaginez, plus de quarante sans aucun travail alors que l’âge de retraite de Tchadiens est 65 ans. Ce qui veut dire qu’il est impossible de préparer l’avenir de ses enfants », conclut-il.
L’Etat tchadien doit écouter le cri d’alarme de la population pour connaître ses besoins, lesquels besoins seront traduits en objectifs, et qu’il se donne également les moyens d’action afin de concrétiser les promesses du président de la république au sujet de la jeunesse pour son nouveau mandat.
Selon le document de la politique de l’emploi au Tchad de 2011, l’on estime le nombre d’employés relevant du secteur moderne privé à 27.000 et de 29.671 dans la fonction publique dont 10.519 contractuels. La répartition suivant les sexes fait avérer que les femmes ne représentent que 8,2 % parmi les cadres supérieurs et moyens et 26,9 % parmi les ouvriers et employés subalternes. Dans l’ensemble, les salariés ne représentent qu’une fraction marginale des actifs, soit 5 %.
Dans le cadre du PAS, les recrutements sont limités aux seuls secteurs de l’Education, de la Santé, et des Affaires sociales, considérés comme prioritaires. Ainsi, les recrutements autorisés sont seulement de l’ordre de 400 enseignants dans l’élémentaire dont 60 maîtres d’éducation physique, 120 enseignants du secondaire; 60 agents du corps médical et paramédical; 30 agents sociaux; 20 enseignants-chercheurs, 250 préposés et surveillants des Eaux et forêts ainsi que 10 agents contrôleurs de carrière.
Dembaye Mogodé