Point de presse

Que pensez-vous de la déclaration de Mr Alain JUPPE, ministre français des affaires étrangères, au sujet du retrait des troupes françaises stationnées au TCHAD ?
par Fidel MOUNGAR le 20/07/2011.



Point de presse
Que pensez-vous de la déclaration de Mr Alain JUPPE, ministre français des affaires étrangères, au sujet du retrait des troupes françaises stationnées au TCHAD ?

FM : Pour moi le retrait des troupes françaises c’est « l’Arlésienne ». Une chose dont on parle souvent mais qui ne se produit jamais.
Mr Juppé annonce l’imminence d’un accord franco tchadien pour le retrait des troupes françaises du TCHAD. Cette déclaration «est l’écho de celle du général Deby qui exigeait en 2010 une révision de l’accord siège de la force Epervier, au motif que la France ne paye rien pour sa présence militaire.
Dans l’histoire tumultueuse de notre pays, les questions de protection contre notre voisin libyen ont toujours dominé les relations franco tchadiennes.
C’est d’ailleurs pour neutraliser les menaces libyennes contre notre pays que Hissen Habré, alors Président du TCHAD, a demandé la mise en place de l’opération Epervier en 1986.
La vocation de Epervier était la protection du Tchad contre les bombardements de l’aviation libyenne. Il s’agissait donc de veiller à la souveraineté de l’espace aérien tchadien. C’est grâce à Epervier que le Tchad a neutralisé la base libyenne de Ouadi-doum.
Cette évolution a contraint le Colonel Kadhafi à accepter un règlement de la question de la bande d’Aouzou devant la cour internationale de la Haye.
La souveraineté de notre espace aérien dépendait entièrement des forces françaises qui s’installèrent avec des troupes au sol qui s’entrainent régulièrement, transformant notre pays en « bac à sable de l’armée française ».
L’armée française s’est rendue utile dans d’autres domaines :
1. Ministre de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur, j’ai pu bénéficier des transals français pour assurer le versement des bonifications âprement négociées avec les enseignants Nous avons fait le tour du Tchad : Abéché, Biltine, Faya, Ati, Moundou, Sarh, Doba, Mongo …
2. La conférence nationale souveraine de 1993 était une étape importante de notre vie nationale, mais des groupes armés menaçaient de la perturber. L’armée française a été sollicitée pour des missions de sécurisation de ce moment important de la vie nationale.
3. Pendant le gouvernement de transition, j’ai été amené à solliciter Epervier pour des missions d’information indispensable à la sécurité intérieure.
4. Enfin l’antenne médicale attachée à l’opération Epervier a rendu des services énormes à ceux qui avaient et ont le privilège d’y accéder.
Mais il y a des propos qui gênent comme quand on dit que les troupes françaises sont là, prioritairement pour veiller à la sécurité des expatriés français.

Il y a aussi des comportements inacceptables ; c’est le cas lorsque l’armée française tolère et contribue même à la fraude électorale comme aux élections présidentielles de 1996 en transportant des urnes manifestement bourrées notamment dans les contrées septentrionales de notre pays.

C’est aussi le cas lorsque l’armée française intervient pour sauver un régime manifestement rejeté.

Ainsi en 2006, lorsque les rebelles du FUC rentrent à Ndjamena, Déby ne doit son salut qu’à l’armée française qui contrôlait l'aéroport et a fait décoller des avions de chasse qui obligent les rebelles à battre en retraite.

En 2008, lorsque les forces de l’opposition armée (UFR) entrent à Ndjamena, le régime de Idriss Déby est une nouvelle fois sauvé, in extremis par l’aide multiforme de l’antenne militaire française.

Quand vous étiez au pouvoir, avez-vous abordé la question du départ des troupes françaises du Tchad ?
FM : J’ai évoqué la question de la présence de l’armée française au TCHAD avec le Président François Mitterrand à Bruxelles.
A Ndjamena, j’ai maintes fois évoqué avec les responsables français et tchadiens la question du stationnement des troupes françaises au TCHAD et sa compatibilité avec notre souveraineté nationale.
Dans une déclaration solennelle à l’assemblée générale des nations unies à New-york, je suis revenu sur cette même question avec une proposition conforme aux précautions d’usage en pareille situation.

Le Tchad et la France ont partagé et partagent un destin largement lié aux hasards de l’histoire.
Des ajustements doivent être opérés, en tenant compte de cette longue histoire commune, mais aussi des impératifs incontournables de notre souveraineté nationale, qui ne peuvent pas survivre à d’éternelles concessions.


Abdelkerim Fidel MOUNGAR
Ancien premier ministre élu de la CNS
Secrétaire de l’Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme

Mercredi 20 Juillet 2011

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